Cancers thyroidiens I. Introduction Les cancers thyroïdiens sont remarquables par: - leur fréquence chez des sujets jeunes - leur bénignité relative en fonction toutefois de leur type histologique - l'hormono-dépendance des cancers orthoplasiques - l’intérêt de l’iode radio-actif pour le diagnostic et le traitement. Seront exclues les métastases intra-thyroidiennes (hypernéphrome) et les localisations thyroïdiennes de processus malins (lymphomes). II. Etiologie - représente 1 à 2% des cancers - observé à tout âge avec un sexe ratio femme/homme = 3/2. - plus fréquent dans les zones d’endémie goîtreuse, chez les sujets aux antécédents de goître - peut être associé à une thyroidite chronique. - est favorisé par une irradiation cervicale iatrogène (thymus - angiome cutané - acné) ou accidentelle (Tchernobyl) dans la petite enfance avec un délai moyen de 8,5 ans III. Anatomie pathologique 1. Macroscopie - polymorphisme : * cancer diffus * cancer nodulaire * micro-cancer (diamètre < 1 cm) - évolution : * intra-capsulaire * extra-capsulaire : - locale (compressions) - à distance (poumons - squelette - foie) 2. Microscopie (d’après l’OMS I988) Tumeurs épithéliales malignes - carcinome vésiculaire marquage anti-thyroglobuline (TG) positif bien (C. adénomorphe) ou moyennement différencié (c. trabéculaire) cellules proches de la normale, stroma réduit présence constante d'une capsule nécessité de la recherche d'une invasion capsulaire et/ou vasculaire - carcinome papillaire papilles (structure ramifiée avec axe conjonctivo-vasculaire) et vésicules TG+ cellules cubiques avec gros noyau en verre dépoli stroma fibreux, abondant calcosphérites tumeur non encaspulée, multifocale - carcinome médullaire stroma fibro-hyalin avec substance amyloide cellules Grimélius et anti-calcitonine positives - carcinome indifférencié ou anaplasique - tumeurs rares : carcinomes épidermoïde (ex " épithélioma d’Herrenschmidt " ) et mucoépidermoïde Tumeurs malignes non épithéliales - sarcome - Lymphome malin primitif Tumeurs diverses - Carcinome vésiculaire à cellules éosinophiles: oncocytome, carcinome à cellules de Hürthle - Carcinome vésiculaire à cellules claires - Carcinome insulaire: variante peu différenciée du carcinome papillaire ou plus rarement vésiculaire, évolutive et de mauvais pronostic. Tumeurs secondaires métastases intrathyroidiennes IV. Physiopathologie 1. Le tissu néoplasique dans les formes anatomiquement différenciées - est fonctionnellement actif - fixe l’iode radio-actif, ce qui permet la détection des métastases - a une hormonogénèse et un contenu en thyroglobuline diminués par rapport au tissu normal - contient des protéïnes iodées anormales 2. Le cancer thyroïdien orthoplasique - est hormono-dépendant sous le contrôle de TSH - nécessite la mise au repos de la thyroide par une freination hormonale V. Clinique 1. Aspects symptomatiques a) cancer lobaire ou diffus : * c’est un goitre ancien qui se modifie: - augmentation de volume - consistance plus dure - signes fonctionnels locaux: · paralysie récurrentielle · syndrome de Claude Bernard Horner · compression trachéale · circulation collatérale * métastases simultanées ou secondaires (poumon - os - foie - cerveau) b) nodule thyroidien isolé: * représente 60% des cancers de la thyroide * le plus souvent découvert chez le sujet jeune * 1O % des nodules thyroïdiens isolés cartographiquement " froids " * aucun caractère clinique ne permet de distinguer le cancer du nodule bénin Parmi les éléments d’orientation: * la dureté du nodule est en faveur de la malignité * le contenu liquidien du nodule exclut la malignité si le nodule est de petite taille (diamètre < 4 cms) s'il disparait totalement après ponction évacuatrice * la cytoponction permet le tri des cas devant être opérés c) autres formes cliniques : * adénopathie cervicale isolée: - l’examen cytologique après cytoponction révèle des cellules thyroïdiennes - intérêt de l'échographie cervicale pour le bilan d'extension ou pour guider la cytoponction * métastase révèlatrice: - généralement osseuse et lytique, parfois vasculaire (souffle à l’auscultation) - pulmonaire - pouvant parfois fixer spontanément l’iode radioactif * cancer aigu fébrile: - survenant chez le sujet agé - augmentation brutale de la thyroide en quelques semaines - thyroide douloureuse, inflammatoire, dure, fixe - signes de compression - évolution rapide - correspond au cancer anaplasique ou au sarcome thyroidien * forme squirrheuse avec blindage cervical * goitre ancien - augmentation récente de volume - suspecter un anaplasique à évolution lente - concerne des sujets agés * association avec une hyperthyroidie. Deux éventualités: - microcancer au sein d'un tissu hyperfonctionnel - cancer hypersécrétant 2. Variantes anatomo-cliniques. Les carcinomes différenciés (orthoplasiques) sont volontiers multifocaux. 2.1 carcinome papillaire (> 5O % des cas): - volontiers multifocal - lymphophile (adénopathies cervicales et médiastinales) - à récidive locale - c’est le cancer du jeune - prédominance féminine (4 femmes pour 1 homme) 2.2 carcinome vésiculaire (2O % des cas): - plus fréquent dans les zones de carence iodée - observé surtout aux environ de la cinquantaine - 1,5 femmes pour 1 homme - en général sous forme d'un nodule isolé - métastases fréquentes 2.3 carcinome anaplasique (< 5 % des cas): - survenant après 5O ans - cancer diffus d’évolution rapide 2.4 carcinome médullaire (5 à 1O % des cas): * étiologie : - développé aux dépends des cellules C parafolliculaires - rare: incidence annuelle 2/106 habitants - caractère parfois familial (3O % des cas) - association à une néoplasie endocrinienne multiple (NEM): - de type IIa (syndrôme de Sipple) transmission autosomique dominante phéochromocytome souvent bilatéral : 30% hyperparathyroidie primitive: 50% - de type IIb (ou syndrome de Gorlin): idem + dysmorphie marfanoïde ganglioneuromatose bucco-linguale et intestinale * traduction clinique : - goitre diffus ou nodule éventuellement douloureux à la pression - diarrhée, flushes - adénopathies fréquentes - métastases * ses marqueurs biologiques - calcitonine plasmatique élevée à l’état basal et/ou après injection de pentagastrine IV si la CT basale est > à 100pg/ml, le diagnostic de CMT est quasi-certain si la CT basale est >10 et < 30pg/ml il s'agit d'un CMT ou d'une hyperplasie des cellules C - antigène carcino-embryonnaire (ACE) élevé Ces deux marqueurs sont utiles lors de la surveillance, permettant de détecter d'éventuelles rechutes. * hérédité - Transmission autosomique dominante à pénétrance incomplête - 30% des CMT surviennent dans un contexte familial - mutations localisées de l'oncogène RET au niveau du chromosome 10 - Dépistage biologique (test à la pentagastrine) bientôt génétique VI. Principes therapeutiques 1. Les moyens - chirurgie : * lobo-isthmectomie, geste bénin * thyroidectomie totale : + grevée d’incidents (hypoparathyroidies, paralysie récurrentielle) + permet la surveillance des carcinomes différenciés par: · le dosage de thyroglobuline · la cartographie corporelle totale * curage ganglionnaire * résections étendues (jugulaires - sternocléïdo-mastoïdiens) invalidantes - radiothérapie : * externe : cobalt * interstitielle : Iode radioactif avec I131. - médicaments : * hormones thyroïdiennes permettant de freiner l’activité thyréotrope * L THYROXINE, LEVOTHYROX 1OO à 15O µg/jour * triiodothyronine (CYNOMEL) 75 à 1OO microgrammes/jour * anti-mitotiques (adriblastine - cis-platinum) 2. Les indications - dans tous les cas, freinage thyréotrope (contrôle par test TRH) - selon la forme anatomo-clinique : - cancer différencié : * nodule froid isolé: lobo-isthmectomie * cancer diffus, et tout carcinome vésiculaire après 5O ans: thyroidectomie totale + cure isotopique * adénopathie: idem + curage cervical - cancer anaplasique: traitement symptomatique - cancer médullaire: * thyroidectomie totale élargie * curage ganglionnaire systématique - métastase de carcinome orthoplasique: * thyroidectomie totale, cartographie corporelle totale, cure isotopique * possibilité de résection de métastase unique (pulmonaire) * radiothérapie, ou plus rarement chimiothérapie 3. Le pronostic est fonction - de la forme anatomo-pathologique : * carcinomes orthoplasiques les plus bénins (80 à 90% de survie à 10ans), particulièrement le cancer papillaire à récidives surtout locales. * carcinomes anaplasiques toujours mortels en quelques mois * carcinomes médullaires d’évolution souvent prolongée, avec récidives ou métastases dépistées par le dosage de calcitonine. - de la forme anatomo-clinique * micro-cancer bénin (1OO % de survie à 2O ans) * nodule isolé relativement bénin (88 % de survie à 2O ans quel que soit le type anatomopathologique) * extension, métastases (50% de survie à 15ans) * métastase révélatrice de mauvais pronostic (5 % de survie à 1O ans). - de l'âge Plus le malade est agé moins bon est le pronostic 4. La surveillance - du patient: palpation cervicale 1 à 2 fois/ an, RxP annuelle - En cas de cancer vésiculaire ou papillaire: dosage de thyroglobuline contrôle du traitement freinateur T4L, Test TRH court ou TSH de 3° génération une fois par an Le traitement freinateur peut s'accompagner d'effets secondaires: signes d'hyperthyroidie (palpitations) ostéoporose chez les femmes ménopausées surveillance par ostéodensitométrie, discussion d'un traitement quotidien par calcium
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